Le peintre est un dessein

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Gérard Alary
20.05.2021 - 17.07.2021

Gérard Alary s’est fait connaître comme peintre depuis la fin des années 1970. Depuis se sont succédées des expositions dans les institutions publiques comme dans de nombreuses galeries. La Patinoire Royale-Galerie Valérie Bach lui consacre, aujourd’hui, sa troisième exposition, Non, à sa peinture, comme les précédentes mais à son œuvre graphique qui lui est indissociable. L’œuvre de Gérard Alary a connu différentes périodes dont les plus marquantes, pour moi, furent, d’abord, dans les années 1980 de s’emparer de figures africaines ou préhistoriques, comme put le faire James Brown pour les changer en acteurs d’une esthétique expressionniste, vive et tranchante, jusqu’au tournant de son exposition au Musée de la Vieille Charité, à Marseille. Dès lors, en 2007, sa recherche se libère sur d’immenses toiles pour saisir une énergie du monde et de la matière venant toujours des « origines », mais se livrant dans le siècle qui est le notre. Le critique Michel Enrici rapproche son œuvre de celle d’Emilio Vedova comme j’imagine, aujourd’hui, une complicité avec la peinture d’Hermann Nitsch, tant le corps est en jeu dans son travail, dans l’abolition des frontières académiques.
Chez lui, comme chez Nitsch, toute forme figurative est abstraite, et l’abstraction traverse, en la métamorphosant, toute figuration.
Nous le découvrons dans son œuvre graphique et c’est pourquoi cette exposition s’intitule « le peintre est un dessein ». Ce jeu avec le double sens des mots indique que, pour lui, dessin et peinture ne cessent de relancer ce dessein poétique et pratique : mettre à jour le flux, la résistance irréductible de l’individu face aux attentes de la matière et du temps. Si sa peinture nous projette, dans l’activité continuelle du cosmos, des forces telluriques c’est parce que son sujet central, comme le révèlent, son graphisme, ses surfaces vibrantes, est la personne humaine. Elle est devant nous, en pied, dans de petits dessins, mue par l’animalité, les éléments, la sexualité, les vents d’orage ou, au contraire, concentrée dans un visage, une face, un crâne sculptural, en proie à la mort mais, plus encore, animée par la réponse à cette déflagration, par un « ressort » que le créateur va chercher en lui … Ce souffle lui permet de balayer la destruction au travail pour restaurer, par le dessin, cette face et ce visage.
Je pense à la phrase d’Emmanuel Lévinas « le visage s’impose à moi sans que je puisse être responsable de sa misère. La conscience perd sa première place ». L’art, chez Gérard Alary, vient au secours de la conscience pour que le visage humain ne soit ni objectivé, ni oublié mais qu’il devienne le cœur « battant » de son œuvre. Cette confrontation, avec ce qui le menace, confie Gérard Alary « me permet, je l’espère d’être plus conscient. J’y puise la force et j’espère en donner aux autres. Ne pas oublier que nous allons mourir donne, paradoxalement, plus de joie, plus de désir »

Olivier Kaeppelin

espace Verrière

VUES DE L'EXPOSITION

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